Article à paraître dans Technica de l'association des centraliens de Lyon, lors de l'été 2017, sur l'entrepreneuriat

Motivations !

Je veux croire mon histoire atypique, comme le sont toutes les histoires personnelles. Pourquoi l'entrepreneuriat ? Pourquoi m’être lancé à mon compte ? Quelle est cette folie qui m'a amené, le 9 Octobre 2015, à déposer les statuts d'OceanData au tribunal d'Aix-en-Provence, avec pour seul bagage en gestion de projet mon doctorat de physique des plasmas ? Pas lourd, donc... et il n'y a pas de modules python à importer sur le sujet, je partais mal.


Je dis souvent que je n'avais pas le choix de faire autrement, ce qui est seulement partiellement vrai ; on a toujours le choix, évidemment. Comme je le répète régulièrement à ma fille, choisir c'est renoncer. Et ça s'applique aux bébés de 5 mois comme aux grandes personnes. Mon choix de vie est d'habiter en Provence et d'organiser mon emploi du temps comme je le veux : à moi d'inventer les conditions de travail qui rendent ces choix possibles.

Simple, non ?

Hors de question, donc, de perdre 2h par jour dans les transports. De ne pas vivre au soleil. De me polluer les bronches au diesel. Chacun ses combats, chacun ses choix. J'insiste sur ces points a priori triviaux car ils sont essentiels dans la construction d'une motivation personnelle qui permet de créer, lancer et faire durer une aventure entrepreneuriale. Lorsqu'on est à son compte, la motivation doit être en effet interne, et non pas externe. Si l'argent était, par exemple, ma motivation première, je ne me serai pas lancé dans cette aventure. Cette problématique est encore plus déterminante dans le cas d'une aventure individuelle comme la mienne, puisque je suis parti dans cette aventure sans associés. Avec mon frère pour seul collègue, indépendant aussi, dans le même métier. Heureusement ! Être clair sur ses motivations personnelles et sur ses envies, dans un premier temps, pour s'assurer de trouver l'énergie nécessaire pour durer et capitaliser. Et aller contre la vie professionnelle classique de l'ingénieur français.

Graine d'entrepreneur ?

L'entrepreneuriat est à la mode et fait couler beaucoup d'encre, numérique ou réelle. A en croire les média, la génération Y a ça dans le sang, et quiconque a encore la chance de ne pas être trentenaire devrait se rêver entrepreneur - ou startuper, version sexy et moderne. Diantre, que ne lit-on pas sur le sujet ! C'est souvent poudre de perlinpimpim et vieilles baudruches... Les gens qui en parlent n'étant le plus souvent pas entrepreneur, ils glosent. Ce que j'en lis est loin de ma réalité. Peut-être est-ce parce que je suis indépendant depuis 18 mois, que je ne gère pas d'équipe ni ne cherche à lever des fonds.

Ai-je le profil d'un entrepreneur ? Je ne me suis pas posé la question lors de la création. L'idée me trottait dans la tête depuis environ un an, plus par obligation que par envie profonde.

Ma vision de l'entrepreneuriat version TPE (très petite entreprise) n'est pas vraiment sexy. Il s'agit d'être en permanence coincé entre le four et le moulin ! Gestionnaire et informaticien, commercial et architecte de base de données, communicant et data scientist, chef et balayeur... La question n'est pas de trouver des choses à faire, mais de trouver le temps de faire des choses et, le cas échéant, de ne pas trop en oublier. Tout faire, et apprendre à déléguer quand on peut - une activité qui m'est pour l'instant inconnue. Dans mon cas, il fallait aussi inventer un métier, car le métier de data scientist (scientifique des données) n'était pas encore populaire dans les cercles dirigeants. La situation s'est améliorée depuis, ce qui réduit (un peu) le travail d'évangélisation. En contre-partie, les grosses ESN se sont lancées dans la data, alourdissant le marché et brouillant le message.

Être entrepreneur, c'est entreprendre. Tester en permanence, se lancer, ne pas trop réfléchir pour ne pas couper l'élan, mais réfléchir tout de même pour ne pas perdre son temps. Viser l'efficacité, forcément, car il y a tant à faire et la rémunération ne tombe pas à date fixe, tous les mois.

Ai-je le profil d'un entrepreneur ? Fausse question. Avais-je envie de me mettre en difficulté, de sortir de ma zone de confiance, de jouer dans le bac à sable d'à-coté avec les outils de mon voisin ? Visiblement, oui!

Qui peut aider à réfléchir sur ce projet ?

Ma compagne, entrepreneure à 25 ans, m'a aidé et me guide encore et toujours dans mes choix. Elle a souvent raison, et quand il arrive que son point de vue divague (rarement !) elle m'aide à me forger un avis extérieur sur ma situation. Il faut être passé par là pour pouvoir essayer de guider quelqu'un, en toute humilité. L'expérience aide. Un bon comptable aussi.

Comment combler ses manques ?

Personne ne sait tout faire. Je suppose que le maître mot est «déléguer», dans le cas d'une équipe. Il faut donc s'entourer le mieux possible pour être le plus efficace et le plus complet.

Dans mon cas, j'ai choisi de ne presque rien déléguer. Par goût, initialement : goût d'apprendre, d'essayer, d'inventer. De rater, inévitablement. De ne pas suivre, mais de tracer mon chemin. Et surtout, car je n'avais pas le choix : les gens travaillent rarement pour rien.

C'est en ça que l'entrepreneuriat est une aventure: l'intérêt réside certes dans l'accomplissement des buts qu'on s'est fixés, ou que la vie nous fixe, mais aussi dans le chemin pour y arriver. Cette phrase semblera très convenue à ceux qui n'ont pas essayé. Pour revenir à la question : si mes manques sont bien évidemment nombreux, et il vaut mieux jouer sur ses forces que sur ses faiblesses.

Construire son offre

Mon offre s'est construite progressivement, par étapes. Puisque je me suis lancé sans faire de business plan ni sans sonder réellement le marché, la première étape a consisté à proposer une offre générique, basée sur mes compétences techniques pures, et la proposer sur les réseaux sociaux. Linkedin et Twitter, initialement, en approche directe. J'ai obtenu quelques réponses positives, qui m'ont permis de lancer la machine et de mieux cerner mon périmètre d'intervention. Je continue à adapter mes offres en permanence, en fonction de mes besoins, de mes envies et de ce que je vois du marché. Bien sur, ça reste très artisanal.

Et sinon, comment ça va ?

Avec le peu de recul qui est le mien, basé uniquement sur mon expérience qui n'est, encore une fois, pas forcément représentative, je pense que ma démarche de construction s'est faite de façon très aléatoire et hasardeuse. "Lancez-vous, vous verrez bien ce qu'il en ressort" n'est pas un discours que j'entends ou lis souvent. Je lis plutôt "faites un bon business plan, entourez-vous bien, trouvez des investisseurs et soyez innovants". C'est en effet important, mais incomplet car ce genre de focus structurel me semble louper deux points principaux : la clientèle, et l'adaptation nécessaire du projet au réel qu'elle créée.

Je vais prendre une image un peu idiote. Imaginons quelqu'un qui ne sait pas nager, mais qui est convaincu d'avoir trouvé une méthode révolutionnaire pour gagner le 100m nage libre et battre, mettons, Alexander Popov. Il a beau organiser le plus beau des meetings, avec les plus beaux sponsors et la meilleure couverture médiatique... si, le jour de la course, il ne s'est jamais jeté dans le grand bain pour voir s'il savait nager, il se retrouvera bien feinté seul sur son plot.

Les meilleurs plans du monde ne servent à rien si on ne les confronte pas à la réalité du terrain, aurait pu dire André Maginot. Et en même temps, mieux vaut un mauvais plan que pas de plan du tout... ?

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